EthniAfrica : avant les Etats, il y avait les peuples
· Par Jean-Noé Kollo
Un dictionnaire des ethnies africaines : les peuples des 55 pays du continent, leurs langues, leurs familles linguistiques. La partie difficile n'était pas de le construire — c'était de décider quoi faire quand les sources ne sont pas d'accord.
Avant les nations et les États, il y avait des ethnies, des peuples, des royaumes. C'est la phrase qui a lancé EthniAfrica, et c'est ce qui en fait autre chose qu'un annuaire : documenter le continent par ses peuples plutôt que par les frontières tracées sur eux.
Ce n'est pas une commande client. C'est un projet à nous : conçu, développé et maintenu en interne, consultable librement en ligne et exposé en API. On le raconte ici parce que la partie intéressante n'est pas celle qu'on croit.
La difficulte n'est pas technique
Construire un dictionnaire n'a rien d'un exploit : des fiches, des relations, une recherche, une API. Le vrai travail est ailleurs, et il tient dans une phrase que le projet assume ouvertement : il est difficile de trouver de la donnée fiable sur l'Afrique.
Alors on cite. Les World Population Prospects des Nations unies 2024/2025, le World Factbook de la CIA pour les répartitions ethniques, les indicateurs de développement de la Banque mondiale, l'Institut de statistique de l'UNESCO, et les instituts nationaux de statistique, pays par pays.
Certaines sources sont utilisées avec réserve, et la réserve est écrite noir sur blanc : le Joshua Project est signalé comme à manier avec prudence, du fait de son orientation religieuse. Dire d'où vient un chiffre est le minimum. Dire pourquoi on s'en méfie est le travail.
Quatre statuts plutot qu'une verite unique
Classer des peuples et des langues, c'est trancher des débats qui ne sont pas tranchés. Beaucoup de bases s'en sortent en affichant une classification unique, sans dire ce qu'elle vaut. EthniAfrica fait l'inverse : chaque classement porte un statut, et le statut est visible.
Consensuel, quand la littérature scientifique contemporaine s'accorde et que le débat est clos ou marginal. Conteste, quand le désaccord est actif : subdivisions internes discutées, frontières floues avec les familles voisines, hypothèses concurrentes documentées. On garde alors la classification courante, mais on signale la controverse au lieu de la masquer.
Heritage colonial, pour les catégories produites ou figées pendant la période coloniale, généralement par des administrateurs, des missionnaires ou des linguistes au service de l'administration. Elles sont conservées pour la traçabilité historique, expliquées pour ce qu'elles sont, et les auto-désignations passent devant.
Reconstructif, enfin, quand le classement s'appuie sur des sources fragmentaires : traditions orales, archéologie, génétique, glottochronologie. C'est assumé comme provisoire et révisable.
C'est la partie du projet dont on est le plus fier, et elle n'a rien de technique. Une base de données qui affiche son incertitude est plus utile qu'une base qui affiche une certitude qu'elle n'a pas.
Ce qu'on peut y chercher
Le dictionnaire couvre les 55 pays du continent. On y entre par où l'on veut : par pays, par peuple, par famille linguistique. Chaque entrée porte les informations démographiques disponibles et les rattachements qui la relient aux autres — c'est ce maillage, plus que les fiches prises une à une, qui rend les parentés lisibles.
Tout est aussi accessible par API. Une v2 est documentée sur le site, pour qui préfère interroger la donnée plutôt que la parcourir.
Pourquoi une agence construit ca
Un projet maison n'a pas de client pour arbitrer à notre place. Personne ne valide un périmètre, personne ne tranche entre deux sources qui se contredisent. Il faut décider, assumer, et vivre avec la décision — y compris quand elle consiste à écrire qu'on ne sait pas.
C'est exactement ce qu'on vient chercher. Sur EthniAfrica, la doctrine éditoriale a coûté plus cher que le code, et c'est elle qui fait la valeur du produit. C'est un rappel utile quand on aborde un projet client : la question difficile n'est presque jamais la question technique.
Le dictionnaire est en ligne sur ethniafrica.com, en accès libre. Il continue d'être corrigé et complété.